Lundi 27 septembre 2010 1 27 /09 /Sep /2010 22:20

 La conférence-débat d’Abdou Djabir à l’Université Paris VIII.

 Une nouvelle façon de faire de la politique C’est dans un amphithéâtre de l’Université Paris VIII qu’Abdou Djabir, candidat aux présidentielles de novembre 2010, et son Vice-président Abdillah Mbaé, ont organisé une conférence-débat le 25 septembre 2010 pour défendre leur idées politiques face à la diaspora comorienne. Ce lieu rime parfaitement avec le parcours intellectuel et professionnel d’Abdou Djabir, docteur en droit public et international de l’Université de Toulouse 1, ancien fonctionnaire en France et professeur de droit à l’Université des Comores. Comme on a l’habitue de le faire dans les assemblées comoriennes, la conférence s’est ouverte par la lecture de quelques versets du Coran par Fundi ‘Issa Soulmaymân.

Ensuite, Ben Bereda Said Antoissi a pris la parole pour remercier le public et annoncer le programme de la conférence qui se résume à cinq discours.

Le choix de la candidature d’Abdou Djabir Dans la première intervention, Youssouf Boina a mis l’accent sur le choix de la candidature d’Abdou Djabir qui, selon lui, est le seul capable de répondre aux besoins actuels des Comores. « Pendant 35 ans d’indépendance, les politiques publiques n’aboutissent à rien de concret :

 la pauvreté augmente, le pays s’enfonce de plus en plus. Est-ce à parce que le peuple n’est pas cultivé pour servir l’intérêt public ? Est-ce que parce les médias ne jouent pas un vrai rôle d’information ? La seule solution pour sortir le pays du marasme économique et politique, c’est l’État de droit, c’est la justice républicaine ».

 Pour conduire progressivement l’archipel dans cette évolution politique et économique, il faut un honnête homme, ayant une grande expérience professionnelle et qui n’a pas « les mains sales ».

 Abdou Djabir a donc toutes ces qualités que Youssouf Boina développe avec finesse et précision : - Son savoir (‘ilm) : Djabir est docteur en droit public, auteur de deux ouvrages sur les institutions comoriennes : Les Comores, un État en construction, L’harmattan, 1992 ; Le droit comorien, entre tradition et modernité, Baobab, 2006. - L’expérience : Abdou Djabir a exercé aux Comores comme diplomate sous le régime d’Ahmed Abdallah.

 Après s’être exilé en France en 1987, il a occupé de nombreux postes administratifs en France métropolitaine et à Mayotte, île relais entre l’Occident et les Comores. Sur le choix d’Abdillah Mbaé comme Vice-président, Youssouf Boina ne manque pas de qualificatifs : « Djabir a choisi un homme d’expérience, un mustaarabu qui s’est engagé tôt dans la politique et qui n’est pas avide de pouvoir et d’argent.

 La preuve, sous la présidence de Mohamed Taki Abdulkarim, il avait toutes les possibilités d’être ministre, mais il n’a pas mélangé liens familiaux et relations politiques entre lui et Taki ». Youssouf Boina a résumé en quelques lignes le bilan politique d’Abdillah Mbaé lorsqu’il était ministre de l’Information, des Postes et Télécommunications (1982-1985). « Abdillah Mbaé est expert en décentralisation, il est le premier maire aux Comores ». C’est sur cette conclusion qu’il cède la parole au candidat Abdou Djabir.

2 Abdou Djabir, un homme pragmatique ? « J’espère que cette réunion donnera un élan d’espoir à notre pays » Abdou Djabir commence son intervention par se présenter au public. Né à Mohéli où il a passé ses études primaires, Djabir a ensuite fait ses études secondaires à Anjouan puis à la Grande-Comore où il obtint son baccalauréat. Cette tournée dans ces trois îles lui a ouvert l’esprit par la richesse et la spécificité de chaque île. Ceci lui a permis aussi de nouer de contacts privilégiés avec des Anjouanais et des grands-comoriens. Après le bac, Abdou Djabir a poursuivi des études de droit public à l’Université de Toulouse 1 où il décroche son doctorat en 1983.

 Son sujet de thèse portait sur Les Comores et l’aide extérieure pour le développement. Il rentre directement aux Comores pour servir son pays. Mais « je voulais y être diplomate, je suis arrivé en prison », disait-il.

 En effet, dès son retour aux Comores, Abdou Djabir s’engage dans le Front démocratique et combattit avec courage le régime des mercenaires en 1985 : « J’ai perdu mon poste au ministère des Affaires étrangères ; je suis emprisonné pendant deux ans avec 75 autres camarades.

 Après ma libération en 1987, je me suis exilé en France où j’ai obtenu un poste de directeur à Mayotte ». Depuis 2005, Abdou Djabir a décidé de retourner aux Comores pour mener une carrière politique et d’enseignant-chercheur.

 Ce choix cornéliens de quitter un poste de haut fonctionnaire dans l’administration française à Mayotte pour enseigner à l’Université des Comores où il « passe plusieurs mois sans être payé », est motivé par plusieurs raison dont voici la plus importante : « Un jour, j’étais dans mon spacieux bureau à Mayotte. J’ai entendu des gens crier dehors. Lorsque j’ai ouvert ma fenêtre, j’ai vu de nombreux Comoriens conduits par des policiers, les menottes aux poignets.

J’ai appris que c’était des « sans papiers » qu’on reconduisait aux Comores. Plus tard, j’ai visité un centre de rétention administratif (CRA) à Mayotte où j’étais profondément touché par les conditions d’incarcération de mes compatriotes: des femmes enceintes et des enfants dormaient par terre avec des hommes dans la même pièce.

 J’ai décidé de rentrer aux Comores pour contribuer à améliorer la vie des Comoriens chez eux. Il faut qu’ils trouvent dans l’archipel, ce qu’ils viennent chercher à Mayotte ». Au départ, Abdou Djabir ne voulait pas être candidat aux présidentielles de novembre 2010. Mais il est convaincu par des amis, comme Abdillah Mbaé, qu’une fois au pouvoir, leur équipe est capable de concrétiser ses rêves politiques. Ils l’ont démontré avec méthode et précision que s’ils sont aux affaires, ils pourront payer les salaires des fonctionnaires chaque mois, construire les routes et faire en sorte que le pays dispose d’une compagnie aérienne.

 L’expérience d’Abdillah Mbaé dans ce domaine l’a beaucoup plus rassuré. Abdou Djabir propose de donner plus de considération au chef de l’opposition qui sera payé par le gouvernement et qui aura une voiture de fonction. Son but est de permettre aux partis d’opposition de travailler dans des meilleures conditions et pouvoir porter des critiques positives au régime. Aussi, Abdou Djabir propose de former une équipe de compétents : « Si un ministre de l’Agriculture n’est pas capable de vendre les tomates de Mohéli dans le monde ou dans les autres îles, il ne fera pas partie de mon équipe. Si un ministre de l’Éducation nationale n’est pas apte à gérer les 800 bourses annuelles au profit des étudiants méritants et de négocier avec les Universités étrangères pour former nos enfants, alors celui-là n’aura pas sa place dans mon équipe ».

Abdou Djabir insiste sur la justice sociale et le respect des droits de l’homme.

3 « Si nous n’élisons pas Abdou Djabir, nous le regretterons » « Abdou Djabir fait partie de ma promotion » Dans son allocution, le Vice-président Abdillah Mbaé a affirmé qu’il a reçu neuf propositions pour la vice-présidence. Il a choisi celle d’Abdou Djabir, un homme de sa promotion qu’il connaît parfaitement : « En dehors de Djabir, le candidat qui sera élu gouvernera mal le pays, pire qu’Ahmed Abdallah Sambi.

 C’est pourquoi j’ai voulu l’accompagner. C’est une question d’amour du pays ! » Abdillah Mbaé s’est étonné de la démarche de Djabir de faire de la politique : « Abdou Djabir peut vivre tranquillement sans la politique : il a une bonne carrière, il a construit des maisons ! […] Il ne faut pas nous élire parce que nous sommes vos proches, il faut le faire parce que nous serons utiles au pays ».

Abdillah Mbaé a insisté sur un danger qui se produit à chaque élection aux Comores, celui de la corruption des électeurs. « Attention ! Il ne faut pas vendre son bulletins électoral pour 1000 (il paraît que son prix est passé à 2000 francs, dit-il avec humour) ». Abdillah Mbaé a fini son discours par défendre son bilan depuis son retrait de la politique en 1985 : « Durant mon exil en France, j’ai fait des études d’Assurance à Science-Po Paris pendant deux ans avec trois ans d’expérience chez Axa-Assurance.

 En 1990, j’ai crée une école privée à Mbéni et fondé les Assurances générales des Comores (AGC) que je dirige ». À l’issue de ces trois allocutions, Abdou Djabir et Abdillah Mbaé ont répondu aux questions du public.

Abdou Djabir et la question de Mayotte Répondant à une question de Johny de Mayotte, Abdou Djabir a commencé par raconter une anecdote : « Younoussa Bamana (ancien Président du Conseil Général et homme politique de Mayotte, décédé en 2007) m’avait dit qu’on ne peut pas déraciner la terre de Mayotte pour l’implanter à Bordeaux ».

Ce sont des mauvaises ententes entres les indépendantistes mahorais et les autorités comoriennes de l’époque qui ont conduit les Mahorais au séparatisme. Abdou Djabir propose de rétablir des pourparlers entre les autorités comoriennes et mahoraises.

Certes, on ne peut pas faire revenir Mayotte dans son giron naturel d’un coup de baguette magique, mais on peut avoir des relations économiques, sanitaires, touristiques avec Mayotte en attendant son retour politique dans l’ensemble comorien.

Djabir insiste sur la nécessité de supprimer le visa Balladur pour faciliter la circulation entre Comoriens et Mahorais : « il y a des Mahorais qui ont des intérêts et de la famille aux Comores et vice-versa, il faut faciliter la circulation des personnes ». Ce n’est pas parce qu’il y a eu le référendum de mars dernier sur la départementalisation que Mayotte ne pourra pas être restitué juridiquement et politiquement aux Comores.

C’est une question de volonté politique. En effet, l’Algérie était un département français depuis le XIXe siècle, mais la volonté du général de Gaulle a permis aux Algériens d’être indépendants. Tout dépend de la volonté politique de la France.

Abdou Djabir, a-t-il gardé des rancoeurs contre Ahmed Abdallah ? Ali Mahmoud, étudiant à l’Université Paris VIII et militant politique du parti MDA reprochait à Abdou Djabir de ne pas réciter la formule « que Dieu lui bénisse » à chaque fois 4 qu’il parlait de l’ancien Président Ahmed Abdallah, alors qu’il le fait pour les autres présidents défunts.

Il accuse Djabir ne n’avoir pas pardonné le régime de ce dernier pour ces deux ans de prison. Dans sa réponse, Abdou Djabir s’est rattrapé pour exprimer tous ces excuses pour cette erreur involontaire. Il a directement récité quelques prières à l’adresse du Président Abdallah. Pour montrer que Djabir n’est pas un homme haineux et intolérant, Abdillah Mbaé a précisé qu’il faisait parti du régime qui a mis Djabir en prison.

Pourtant, ils mènent aujourd’hui un même combat politique. Dans le second volet de la question d’Ali Mahmoud, celui du mauvais état des routes, Abdillah Mbaé a pris l’engagement de les reconstruire, sans une aide étrangère, dès les premiers mois de leur accession au pouvoir: « À l’époque où j’étais ministre, on prélevait 50 francs par litre de carburant pour l’entretien et la construction des routes. Cela rapportait à 17 millions de francs par jour l’État. Aujourd’hui, cette somme est passée à 30 millions par jour. Alors pourquoi ne pas construire les routes ? » La position de Djabir face à la réforme des institutions politiques Said Mohamed Said Athoumani de Moroni a interpelé Abdou Djabir sur la réforme de la constitution. Dans sa réponse, le candidat du MSAADA a affirmé qu’il ne procédera pas à un changement de la constitution : « Je ne ferai pas voter une constitution à ma taille ». En revanche, nous donnerons plus d’autonomie aux îles, nous le ferons par décrets. Aussi, pour renforcer le pouvoir du Vice-président, nous procéderons à un système de contreseing. Abdou Djabir ne veut pas fragiliser le Vice-président, comme le fait aujourd’hui le Président Sambi face à son Vice-président Idi Nadhoim. Je valoriserai notre diaspora Nourdine Mohamed Madjlis de Bambadjani en veut aux gouvernements précédents pour avoir négligé les Comoriens de France. Il demande à Abdou Djabir ce qu’il fera pour améliorer les relations entre les autorités comoriennes et leur diaspora, partout dans le monde, plus particulièrement en France.

 Dans sa réponse, Abdou Djabir se voulait confiant : « Moi je connais très bien les problèmes des Comoriens en France car j’y ai vécu. Nous sommes 380 mille (chiffres de l’Ambassade de France à Moroni) en Métropole, la Réunion et Mayotte. Nous rapatrions 20 milliards de francs par an alors que le budget des Comores ne dépasse pas les 30 milliards ». Abdou Djabir souhaite tout d’abord régler les problèmes administratifs des Comoriens de France, à commencer par ceux liés à l’État-civil. Aussi, il veut aider la diaspora à investir aux Comores. Depuis 2005, une loi a été votée par l’Assemblée nationale des Comores pour permettre à la diaspora comorienne de voter. Malheureusement, elle n’a jamais été appliquée. Abdou Djabir s’est engagé à mettre en place une circonscription électorale pour la diaspora. Un représentant de la communauté comorienne en France sera même élu à l’Assemblée.

En ce qui concerne l’accueil des Comoriens à l’Ambassade de France à Moroni, Abdou Djabir et Abdillah Mbaé ont pris l’engagement de demander des améliorations à la France dès leur arrivée à Beït-Salam : « Il faut un lieu d’accueil digne, pourvu de toilettes. Il ne faut pas que les Comoriens attendent sous le soleil ou sous la pluie devant l’Ambassade de France. Nous sommes dans notre pays, nous avons besoins d’être respectés ! » La parole d’un sage en guise de conclusion Avant les mots de la fin et la lecture de la fâtiha par Mzee Mwinyi Abdallah de Fumbuni, le grand notable Mohamed Chanfiou Ahmed a pris la parole pour remercier le 5 public et manifester son soutien à la candidature d’Abdou Djabir.

 Il fini son discours par cette belle phrase à caractère philosophique : « Ewe ! Ewe ! Ewe ! Mndru kadwambiya mnyo ndrabo. Utsuhadaya mndru kahadalwa ! (Attention ! Attention ! Attention ! On ne ment pas à un frère. On ne trompe pas celui qui ne t’a jamais trompé !) » Ali Mohamed Toibibou Secrétaire général du comité de soutien à la candidature d’Abdou Djabi

Par ABDOU DJABIR - Publié dans : information sur les comores
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